L’enrichissement pédagogique : soigner les cerveaux abîmés des enfants d’aujourd’hui (Bruno Hourst)

Bruno Hourst

En s’appuyant sur de nombreuses recherches, on peut considérer que 40-60% de la
population scolaire actuelle a des dysfonctionnements cérébraux à son entrée à l’école
(dépression, lésions cérébrales, déficit d’attention, usage de drogues, dyslexie, trouble
obsessionnel-compulsif, traumatismes psychologiques, etc.). Et ce pourcentage de
cerveaux abîmés pourrait atteindre les 80% dans les prochaines années. En cause :
essentiellement notre environnement. Le cerveau de l’enfant est très sensible aux
dommages qui lui sont fait dans la petite enfance, et ils ne manquent : pollution, stress,
alimentation, surabondance d’écrans, et bien d’autres.
La bonne nouvelle (si l’on peut dire) nous vient des neurosciences : la neuroplasticité
permet de soigner en partie ces dysfonctionnements, à condition d’entrer dans une
démarche volontariste et le plus tôt possible – dès la maternelle si possible. C’est ce que
l’Américain Eric Jensen appelle « l’enrichissement pédagogique ».
L’idée fondamentale qui sous-tend l’enrichissement pédagogique est la neuroplasticité : la
capacité du cerveau à se modifier (en bien ou en mal), en particulier sous des influences
extérieures. C’est l’idée qu’il y a un lien direct entre le développement cérébral et
l’environnement. Des modifications (positives) apportées à un environnement créent des
modifications (positives) au niveau cérébral. De la même manière, des modifications
négatives de l’environnement ont des effets négatifs sur le cerveau.
L’enrichissement pédagogique est une réponse biologique positive à un environnement
différent de l’environnement habituel, dans lequel on a introduit des changements
mesurables, synergiques et globaux. La réponse d’enrichissement est toujours positive et
peut modifier le cerveau à tout âge.
En synthétisant un grand nombre de facteurs pouvant entrer dans une démarche
d’enrichissement pédagogique, on peut en retenir 7 principaux, confirmés par les
recherches :
• L’activité physique
• Des apprentissages nouveaux, impliquants et motivants
• Une complexité cohérente, mais non chaotique
• Des niveaux de stress acceptables et gérables
• Un soutien social
• Une bonne alimentation
• Un temps suffisant
En faisant entrer ces 7 principaux facteurs dans une démarche d’enseignement, on peut
progressivement soigner les cerveaux abîmés des enfants – tout en permettant un
meilleur développement de ceux qui ont un cerveau sain. Cette démarche est
particulièrement bien compatible avec l’approche du « mieux-apprendre » développée par
Bruno Hourst dans ses travaux et ses ouvrages.